samedi 31 octobre 2009

This is it.

Je sais, je sais, Michael Jackson est mort et enterré, et la plupart des gens ont arrêté d'être fan lorsque leur adolescence s'est pointée.
Mais personnellement, il n'a jamais cessé de m'intéresser.

Je trouve, somme toute, que c'est un artiste qui a su se renouveler au fil des années, malgré le défi colossal que représentait briser son propre record. Je trouve qu'il avait quelque chose de bien spécial et ce n'est sûrement pas un pur hasard que les enfants à la maison sont aussi des fans, eux qui n'ont rien connu de la folie Jackson. La musique qu'ils réclament le plus souvent, avec celle de Mika, c'est celle de Michael Jackson. Pourtant, notre discothèque à la maison s'étend à environ 800 disques compacts et 200 vinyls, donc ils ont plus que le choix ici en matière de musique... C'est donc dire que Mika et Michael Jackson ont quelque chose en commun. Parce que des enfants de cet âge (4-6 et 8 ans) ne font pas encore des choix liés à la popularité d'un artiste. Leurs choix sont motivés par autre chose. Et moi je pense que pour des enfants, ça part des trippes!!

Je pense que cet attrait quasi-universel pour Jackson (et celui des enfants pour Mika) en est un de créativité sensorielle et d'expression de soi. Michael avait une façon de danser et de composer des chansons qui inspiraient une séance de sauts sur le lit, défoulement solitaire de l'enfance qui nous habite tous. Danser tout seul dans sa chambre en sautant sur le lit (en cachette, bien entendu!!), quel enfant n'a pas fait ça? L'enfant qui écoute la musique et qui transforme la sensation qu'elle lui provoque en mouvements du corps ne réfléchit pas à ce dont il a l'air. Il capte, comme une antenne, des ondes de courant créatif et réagit spontanément. Lorsqu'on regarde Michael danser, on peut sentir qu'il était dans cette «bulle», dans cet état de spontanéité, même devant des millions de personnes.

Je pense que c'est comme ça que Michael Jackson a travaillé toute sa vie. Il ne calculait rien, puisqu'il n'a jamais «appris un métier», mais qu'il a plutôt absorbé, qu'il s'est imprégné de l'effervescence créatrice qui gravitait autour de lui très très jeune et n'a jamais cessé de la reconnaître lorsqu'elle se présentait à lui. Il était réceptif à cette énergie et a toujours ouvertement affirmé que le contact avec les enfants l'aidait à trouver l'inspiration.

J'entends déjà certaines personnes marmonner que justement, il aimait peut-être «un peu trop» les enfants, sous-entendant que malgré un verdict de non-culpabilité sur tous les chefs d'accusation, il était peut-être coupable après tout.
J'ai vraiment beaucoup lu sur le sujet.
J'ai même lu le transcript du procès au complet.
Et indépendamment de mon admiration sans bornes pour son travail, si j'avais fait partie du jury, je l'aurais aussi prononcé non-coupable. Quand on constate tous les faits, les preuves parlent d'elles-mêmes. Aucun doute qu'il n'a jamais touché ces enfants.

Voici donc ce que je pense de ce qu'on pourrait appeler son «obsession» pour les enfants:

J'imagine qu'à un certain moment de sa vie où il s'est trouvé confronté à l'obligation de s'assumer en tant qu'adulte, il a eu très peur de perdre cette connection qu'il avait avec cette énergie via l'innocence de l'enfance. Comme il ne connaissait aucune autre façon de faire la seule chose qu'il savait faire, c'est à dire créer, que par cet instinct très primaire, il a donc longtemps voulu «rester un enfant». C'est pourquoi il s'est soudainement mis à s'entourer d'enfants. Je crois qu'il essayait de comprendre comment continuer à penser comme un enfant, et croyait qu'en étant constamment en leur compagnie, il n'aurait d'autre choix que de penser comme eux. Un peu comme pour bien apprendre une nouvelle langue il faut être plongé dans la culture de cette langue en tout temps pendant une certaine période, il a voulu appliquer ce même principe avec la structure de pensée et l'instinct de l'enfance.
Mais, on doit tous grandir, et la vie l'a forcé à voir le monde tel qu'il est vraiment: très dur. Ce n'est donc qu'après ce procès qu'il a pris une certaine maturité et qu'il a pris du temps pour se construire en tant qu'adulte responsable. Puis, il a décidé de faire une dernière série de spectacles. Peut-être par soucis d'argent; c'est ce qu'on fait quand on est responsable, on s'occupe de ses dettes et on travaille en conséquence. Il a pris sa vie en main, je pense, et ces spectacles étaient un beau symbole de la maturité qu'il avait pris dans ces années post-procès.

«This is it» est un documentaire sobre et purement démonstratif. C'est structuré de la même façon que l'aurait été un «making of» du dernier spectacle de sa carrière auquel il mettait la touche finale en répétition lorsqu'il est soudainement décédé.
C'est très touchant de le voir à l'oeuvre, satisfait et visiblement heureux de travailler. C'est aussi très touchant de constater à quel point, même à l'aube de ses 50 ans, il n'avait rien, mais vraiment RIEN perdu de ses immenses talents; il dansait, chantait, criait et s'amusait comme s'il avait encore 20 ans. Aucun lipsync en répétition; il danse et tient la voix pendant qu'il saute et court partout! Non seulement il chante tout, mais parfois il s'emporte même dans des envolées vocales auxquelles il n'est pas supposé se laisser aller, pour préserver sa voix et la déployer plutôt durant les vrais spectacles.
En parfait contrôle de la direction artistique de toutes les sphères de ce spectacle qui aurait été, soit dit en passant, grandiose et époustouflant, il dirige ses collaborateurs avec tact sans compromettre un seul détail. Il sait ce qu'il veut, comment il le veut et réclame des résultats optimaux dans un grand respect des difficultés de tous.

Comme sa mort est arrivée si soudainement, et pour seule désolante cause l'insomnie, ça m'a bouleversée de le voir si rayonnant, si souriant, si à l'aise, si en forme.
J'aurais vraiment aimé voir ce spectacle, ficelé, rodé, prêt.

samedi 3 octobre 2009

1981, Ricardo Trogi.

Je suis allée voir 1981 et c'était vraiment un très bon moment. Très touchant, très drôle et franchement très juste.
Avoir 11-12 ans, c'est passer de l'enfance à l'adolescence et c'est une très courte période où on découvre soudainement que la vie est beaucoup plus complexe qu'on le pensait. Tout à coup, il faut s'ajuster: l'amour par exemple, de toute nature, se complique à cet âge. On tombe en amour avec le sexe opposé, on n'aime plus ses parents de la même façon, on leur découvre des défauts qu'on n'aurait jamais soupçonné, on commence à ressentir l'amitié plus profondément, on découvre les véritables avantages et conséquences du mensonge et de la tromperie, on en expérimente toutes les nouvelles émotions, tout se mêle et on a alors de la difficulté à rester connecté à la personne qu'on savait être il y a deux, trois, six mois...
Dans 1981, on arrive très bien à exposer cette période de façon réaliste, et lorsqu'on s'identifie à l'époque en plus, c'est un petit bonus de souvenirs!

J'écoutais récemment un documentaire sur l'écriture de la série «Seinfeld», et les scripteurs invités expliquaient comment Larry David et Jerry Seinfeld avaient un sens aiguisé pour reconnaître ce qui allait être drôle ou pas dans tout le matériel écrit qu'ils leurs soumettaient. Larry raconte plus tard que ce n'était pas un instinct de ce qui est drôle ou pas qui le conduisait vers la décision d'accepter ou pas telle ou telle blague dans un scénario, mais bien plutôt d'arriver à déceler s'il y avait du «vrai» dans ce qu'on y racontait. En partant de l'idée que tout au fond de chaque être humain sommeille les mêmes désirs secrets, les mêmes envies refoulées ou les mêmes pensées non-exprimées, il suffisait pour lui de ne retenir que les idées de cette nature et de les faire ressortir par l'écriture dans des situations où elles seraient totalement exposées. C'est comme ça qu'il savait si quelque chose allait non seulement être drôle, mais que ça allait être drôle pour beaucoup, beaucoup de gens.

Trogi, je pense, a compris ça; il a cette manie d'aller puiser dans la véritable nature humaine, de la mettre à nu dans le cadre de la vie d'une personne et d'ensuite exposer cette personne dans toute sa vulnérabilité. Ce qui en ressort est un humour viscéral et un récit qui touchera toute personne qui demeure intègre face à elle-même.
Ce qui est fondamentalement vrai pour quelqu'un ne peut pas se transformer en une oeuvre qui ne touche personne.